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	<title>Si les id&#233;es suffisaient...</title>
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		<title>Toucher le fonds</title>
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<category domain="http://www.si-les-idees-suffisaient.net/spip.php?rubrique8">Sur le papier</category>


		<description>Un homme, il y a peu, dans la vraie vie. Je ne le connais pas, mais je l'imagine. Il para&#238;t qu'il a touch&#233; le fonds... Bingo ! &lt;br /&gt;T'as bien raison d'&#233;cluser un dernier verre, m&#234;me si c'est pas le dernier, et m&#234;me s'il n'est que midi. Il faut te pr&#233;parer, et pour &#231;a, tu cherches le l&#226;cher-prise. Tu dois &#234;tre courageux. Aujourd'hui c'est la veille. Et les veilles, g&#233;n&#233;ralement, on ne fout rien puisque tout est cens&#233; &#234;tre pr&#234;t. Et en effet, tout est pr&#234;t, dans ta t&#234;te, dans tes actes. Dans l'appartement vide, ta (...)


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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/IMG/arton115.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;696&quot; height=&quot;483&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Un homme, il y a peu, dans la vraie vie. Je ne le connais pas, mais je l'imagine. Il para&#238;t qu'il a touch&#233; le fonds... Bingo !&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;T'as bien raison d'&#233;cluser un dernier verre, m&#234;me si c'est pas le dernier, et m&#234;me s'il n'est que midi. Il faut te pr&#233;parer, et pour &#231;a, tu cherches le l&#226;cher-prise. Tu dois &#234;tre courageux. Aujourd'hui c'est la veille. Et les veilles, g&#233;n&#233;ralement, on ne fout rien puisque tout est cens&#233; &#234;tre pr&#234;t. Et en effet, tout est pr&#234;t, dans ta t&#234;te, dans tes actes. Dans l'appartement vide, ta boutanche et un bon verre bien plein. Toi, assis par terre, cette nuit tu dormiras &#224; m&#234;me le sol. Pas se faire remarquer, surtout, en allant &#224; l'h&#244;tel ou quoi. Ton sac, tu le mettras &#224; la consigne de la gare, pour quelques affaires de toilettes on va pas en faire un drame. Ou m&#234;me, tu le balanceras dans une poubelle. Aucune importance. Au bout, c'est l'avenir, et l'avenir, il risque de bien s'en foutre que tu sois ras&#233; ou pas. Tu somnoles, si c'&#233;tait possible, tu dormirais un coup. Mais pas question avec cette pression calme sur les &#233;paules, l&#224;, au creux des trap&#232;zes, comme un animal fourr&#233; lov&#233; sur ton cou. Et puis tu veux encore boire. Apr&#232;s, quand ? tu ne sais pas vraiment. Sur l'&#233;cran de ta m&#233;moire tu fais d&#233;filer cet homme barbu et un peu sale que l'on montre aux informations. Un type abrupt, avec une sale gueule, qui met la police en d&#233;route en courant les bois. Demain, ce sera toi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;H&#233;l&#232;ne &#233;tait une belle petite p&#233;p&#233;e, sage et ob&#233;issante. Mais elle n'aura pas dur&#233; dans ta vie bord&#233;lique, pas d'enfant, pas de passion, et puis toi, constamment dehors, toujours en vadrouille, avec tes horaires &#224; la con. En pleine nuit, elle est partie, elle s'est fait la malle en louced&#233;, te laissant seul comme un ours. Alors, petit &#224; petit, tout a m&#251;ri, tout a chang&#233;. C'est pas que t'en &#233;tait amoureux mais enfin, &#231;a fait quelque chose. &#199;a pousse au d&#233;clic, &#231;a ouvre pour autant que ce soit bien ferm&#233;. Tu n'as plus eu que deux passions : ton boulot et la picole. Mais jamais l'un avec l'autre, si bien que personne ne s'en est aper&#231;u, tu as su &#233;viter les d&#233;sastres, apr&#232;s tout tu n'a jamais frapp&#233; personne m&#234;me sans savoir pourquoi exactement. C'est que le plan se dessinait, en filigrane. Et tu sais de quoi tu parles. En filigrane, oui, comme&#8230; Un coup &#224; a fen&#234;tre. Mais ce n'est que le vent, il est tard dans le mois de novembre, une branche a heurt&#233; ton logis pour pas un rond. Demain, tu sais pr&#233;cis&#233;ment ce qu'il te reste &#224; faire. S&#251;r ? oui ? oui. Plus rien &#224; perdre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces dix ann&#233;es, les dix qui viennent de s'&#233;couler, t'ont permis de te faire identifier. Un mec s&#233;rieux, un type de confiance, pas le genre &#224; chercher des crosses ni &#224; d&#233;roger aux principes &#233;l&#233;mentaires. Au d&#233;part c'&#233;tait vraiment &#231;a, peut-&#234;tre, de peur de perdre son boulot. C'est que le ch&#244;mage, tu connais aussi, c'est vraiment pas la joie. Tu passais du temps &#224; &#233;tudier les catalogues de voyage, pu&#233;ril, sans aucun moyen de t'en offrir ne serait-ce qu'un, un week-end &#224; Saint-Paul les Chevreuses, la mis&#232;re en pleine gueule. Et puis cette conseill&#232;re ANPE qui t'avait parl&#233; chemin, d&#233;viation, impasse et enfin issue de secours : tu as &#233;t&#233; embauch&#233; avec une longue mise &#224; l'&#233;preuve, comme les autres. Juste comme les autres, et tu as cherch&#233;, longtemps, &#224; te fondre dans la masse. Bon plan, au fond : bien jou&#233; sans le savoir. On fait beaucoup avec l'innocence du civisme. Tu as trac&#233; ton sillon, correct, neutre et d'une certaine fa&#231;on indolore. Sauf H&#233;l&#232;ne. Mais aujourd'hui tu la remercie, tu ne pourras jamais lui envoyer de carte postale, tu ne t'y risqueras pas, pas comme l'autre type &#224; la sale gueule qui envoie lettre sur lettre pour les m&#233;dia, non, tu sauras te faire oublier, mais jusqu'au dernier jour, elle aura &#233;t&#233; ta bienfaitrice, sinon ton &#233;pouse et m&#232;re de tes gosses.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette semaine, vid&#233;s l'appart, les comptes et la conscience. Les gens ne posent plus de question de nos jours, ou presque, comme si s'interroger sur le sort de son voisin &#233;tait passible de justice. Et cette justice, tu pr&#233;vois de lui en faire baver, demain tu auras Interpol sur le dos, sinon demain, le lendemain, le temps de comprendre l'arnaque et tu seras d&#233;j&#224; loin, les poches pleines, les larmes aux yeux et le corps en transe. Dans la voiture que tu auras, depuis longtemps, affr&#233;t&#233;e dans tes r&#234;ves ; bien dormir est un luxe, bien r&#234;ver est une n&#233;cessit&#233; que tu ne confie &#224; personne d'autre. Et puis, ce sera l'Ouverture de Guillaume Tell, tatatatadatatada, tatadatadatadata, brillante et polyphonique, des balles sifflant aux oreilles, non tout de m&#234;me, on essaiera d'&#233;viter &#231;a. Tu n'es ni Bonnie ni Clyde, juste un employ&#233;, juste un pauvre mec qui se plaint r&#233;guli&#232;rement de son salaire, parce que quand m&#234;me, faut bien discuter avec les autres qui ne voient pas toujours le probl&#232;me. Pendant longtemps ceci n'a &#233;t&#233; qu'une vague r&#234;verie en effet. Mais plus maintenant, pas demain, pas allong&#233; par terre sur le sol nettoy&#233; de ton appartement trop petit pour tous tes r&#234;ves.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La journ&#233;e avait commenc&#233; comme d'habitude, employ&#233;s 1, 2 et 3 s'&#233;taient pr&#233;sent&#233;s, avaient pris connaissance du trajet pr&#233;cis. Mais l'enjeu, lui, ils le savaient d&#233;j&#224;, &#233;tait de taille, alors, pas de couille. Mais c'est ce qu'on a beau se r&#233;p&#233;ter, le jeu est plus subtil, plus &#233;tourdissant : le jeu du quotidien, celui qui lasse, celui qui tue les aspirations les plus anodines. 1 et 2 ont fait confiance &#224; 3, comme tous les jours, comme d'habitude, comme leur patron et tous les autres autour. Les patrons, tiens, ont m&#234;me eu la main un peu lourde ce matin-l&#224;. Qu'importe puisque tout roulait autour du fourgon. 3, placide, est rest&#233; au volant. 3, d&#233;contract&#233;, a d&#233;marr&#233;. 3, plus calme que jamais, a pass&#233; la premi&#232;re. De l'int&#233;rieur de la banque, 1 et 2 n'ont rien remarqu&#233;. De l'ext&#233;rieur, ils se sont pinc&#233;s, frott&#233; les yeux, incr&#233;dules et dup&#233;s. 3. 3 s'&#233;tait fait la malle. Le jour m&#234;me on parlera de consignes de s&#233;curit&#233; non appliqu&#233;es, de protocoles non respect&#233;s, mais rien n'y fera : 3, en cavale, avec les 10 millions d'euros de la Banque de France, avec les 10 premiers millions de sa vie, d'abord victime puis suspect aux yeux de la police, 3, heureux, et d&#233;termin&#233; &#224; en d&#233;coudre&#8230; jusqu'&#224; la fin. Il est des jours ou tomber pour la gloire n'est plus un horizon suffisant. Des jours o&#249; les petits salaires et les heures d'ob&#233;issance n'ont plus cours. Un jour, une heure, une minute d'inattention. En parlant de &#231;a, il para&#238;t qu'1 et 2 se sont observ&#233;s, un instant, un court instant. Une pens&#233;e en t&#234;te. Une m&#234;me id&#233;e folle. Le salaud.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un si&#232;cle d'esp&#233;rance</title>
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<category domain="http://www.si-les-idees-suffisaient.net/spip.php?rubrique8">Sur le papier</category>


		<description>Je revois encore son visage. Dans ma m&#233;moire. Dans ces instants flout&#233;s par le temps, par les rictus de ma famille. Elle &#233;tait si jeune, une petite fille, une petite Juive. Nous &#233;tions en guerre, je ne pouvais pas faire autrement, du moins, en mon &#226;me et conscience. Elle s'est cach&#233;e quelques temps, puis, je ne sais pas ce qu'elle est devenue. C'est ce que je raconte d&#232;s que j'en ai l'occasion. Moi, j'ai vieilli, j'ai arr&#234;t&#233; la &#171; boulange &#187;, j'ai opt&#233; pour la couture au sein d'une grande enseigne (...)

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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je revois encore son visage. Dans ma m&#233;moire. Dans ces instants flout&#233;s par le temps, par les rictus de ma famille. Elle &#233;tait si jeune, une petite fille, une petite Juive. Nous &#233;tions en guerre, je ne pouvais pas faire autrement, du moins, en mon &#226;me et conscience. Elle s'est cach&#233;e quelques temps, puis, je ne sais pas ce qu'elle est devenue. C'est ce que je raconte d&#232;s que j'en ai l'occasion. Moi, j'ai vieilli, j'ai arr&#234;t&#233; la &#171; boulange &#187;, j'ai opt&#233; pour la couture au sein d'une grande enseigne parisienne. Enfin, tout a chang&#233;, je ne suis plus dans la course, j'attends que tout s'abolisse, les journ&#233;es et les nuits, les petits matins arthritiques, les souvenirs. Je re&#231;ois r&#233;guli&#232;rement des nouvelles de mes petits-enfants, &#224; quoi bon, je m&#233;lange les noms de leurs propres enfants, qui est ce b&#233;b&#233; que j'ai crois&#233; quelques instants, pfuit, tout s'&#233;vanouit et je me couche &#224; vingt heures trente.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ma famille ne me croit plus, ne m'encourage &#224; rien, c'est fini tout &#231;a, j'ai d&#251; faire trop d'erreurs. Je n'ai jamais &#233;t&#233; bonne strat&#232;ge. Je ne connais rien &#224; la modernit&#233;, je ne les comprends pas plus qu'ils ne m'entendent, et cet &#233;t&#233; pass&#233; seule ne diff&#232;re en rien des autres saisons. Je ne tremble que port&#233;e par l'&#233;motion d'un mot de travers, d'une ultime incompr&#233;hension. Car mon &#233;poque n'est plus la leur, mes mots ne recouvrent qu'une r&#233;alit&#233; creuse faite de t&#233;l&#233;vision et de solitude. Mon Dieu, d&#233;livre-moi de ce fardeau, emporte-moi, que je retrouve Esther, ou quel que soit son nom, que je retrouve enfin ma bonne maman, mes a&#239;eux, et plus g&#233;n&#233;ralement, que je d&#233;couvre le paradis auquel je m'attache depuis si longtemps.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mon mari &#233;tait un homme violent. Un &#234;tre sec et viril, si la virilit&#233; consiste &#224; &#233;treindre l'ombre des autres &#224; travers leur n&#233;gation. Je ne peux pas en dire plus. Ce serait renier ce pass&#233; qui m'a donn&#233; des enfants, filles, gar&#231;ons, que je mets un point d'honneur &#224; d&#233;crire comme &#233;lev&#233;s de la m&#234;me fa&#231;on. Mais je n'ai jamais lu Simone de Beauvoir. Je n'ai pas compris le mouvement f&#233;ministe. Je n'ai pas compris qu'&#234;tre femme, c'&#233;tait autre chose que devoir mentir et s'humilier. Et devoir humilier les autres femmes. Cela fait bien longtemps que personne ne m'a exprim&#233; son amour de vive voix. Je crois que ma route a crois&#233; trop d'emb&#251;ches et laiss&#233; tra&#238;ner trop d'insolubles que je n'ai pas su r&#233;soudre. Je suis n&#233;e femme, je le suis rest&#233;e, je peux simplement ajouter : je me suis ent&#234;t&#233;e. Mais les valeurs d'antan dataient d'un &#226;ge aujourd'hui r&#233;volu, je n'ai pas su le comprendre, il est maintenant trop tard, trop tard.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Demain na&#238;tra peut-&#234;tre un autre enfant, peut-&#234;tre, une autre fille. Je caresserai rapidement son visage de ma main d&#233;sormais fluette et sans consistance. Je serai aveugle &#224; sa l&#233;gitimit&#233; sous couvert de bonheur intense. Ah, mais qu'elle est mignonne. Mais au fond, dommage que ce ne soit pas un gar&#231;on. Dommage pour nous, femmes, d'ignorer notre pouvoir &#224; ce point. Et ils repartiront, enveloppant leur chair indigne avec d&#233;lectation, puisque ce message s'est, comment dire, tari avec les &#232;res. Ce que je porte n'a plus de sens. Ce que je crois n'int&#233;resse personne. Je rumine mes anciennes gloires et d&#233;faites dans un mouvement constant approchant d'une ritournelle. Voici des roses blanches&#8230; Et toute cette &#233;poque o&#249; la dentelle et le nylon apprenaient &#224; cohabiter, n'est plus, qu'ai-je transmis, je ne vois rien, je T'attends, je suis pr&#234;te, emm&#232;ne-moi, emm&#232;ne-moi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le lundi ressemble au dimanche comme deux gouttes de lait. Ce seront l&#224; mes seules pens&#233;es du jour.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je demande &#224; un voisin de me faire quelques courses. C'est que les commerces du coin ont ferm&#233;, l'un apr&#232;s l'autre. Je devrais s&#251;rement en faire autant, baisser la devanture une bonne fois pour toutes. Mais ce serait Lui manquer de respect, ceci n'existe pas dans mon monde. Celui que j'ai d&#233;coup&#233; dans les nuages du Ciel &#233;ternel, comme un enfant qui joue au magicien. Il serait temps, pourtant, &#224; mon &#226;ge, d'&#233;viter ce recommencement du matin. Mais je ne puis, oh non, c'est impossible. Je lape mon fromage blanc sans go&#251;t, ce n'est pas tr&#232;s important au fond. Je me perds dans d'aveugles pri&#232;res que je teinte consciemment de lumi&#232;res dor&#233;es. Bient&#244;t No&#235;l. Si je pouvais au moins, assister &#224; la messe de minuit, mais cela fait des si&#232;cles, comme moi, bient&#244;t un si&#232;cle, bient&#244;t les lumi&#232;res dor&#233;es. Je ne per&#231;ois pas ce que cela a d'inconvenant, dire &#171; vous y viendrez &#187;, rab&#226;cher mes la&#239;us et mes ang&#233;lus dans le silence de la maison minuscule, puis, bien en face, avec un sourire mielleux, &#224; ceux qui ne m'&#233;coutent d&#233;j&#224; plus.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une nuit, je L'aper&#231;ois, tout est doux, cotonneux, c'est un r&#234;ve agr&#233;able. Je voudrais demeurer pr&#232;s de Lui et savourer Sa pr&#233;sence, divine vision du fond des &#226;ges, &#224; mon &#226;ge, quoi de plus normal ? peut-&#234;tre m&#234;me de plus sain. J'ignore o&#249; Il me m&#232;ne, je cherche les lumi&#232;res dor&#233;es et finis par me r&#233;veiller. Il est t&#244;t, il fait encore nuit. Je crois &#224; l'interpr&#233;tation des r&#234;ve, ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, &#224; leur correspondance avec la r&#233;alit&#233;. Je cherche &#224; me lever avec peine mais espoir, ou plut&#244;t, esp&#233;rance. Ce jour viendra, cette nuit douce et irr&#233;elle, qu'ils se gaussent, les autres, qu'ils rient de toutes leurs dents, cela ne changera rien. Ils y viendront, et moi je serai bien tranquille, apais&#233;e, tranquille, apais&#233;e, tranquille comme Baptiste, je pourrai &#224; mon tour rire &#224; nouveau.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>Gr&#226;ce</title>
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		<dc:creator>Alexandra Fritz</dc:creator>

<category domain="http://www.si-les-idees-suffisaient.net/spip.php?rubrique8">Sur le papier</category>


		<description>Un soir, le serveur m'a oubli&#233;e. Nous avions pourtant entam&#233; la conversation. &#171; Mais vous &#233;tiez l&#224; &#224; midi ! &lt;br /&gt;Non, d&#233;sol&#233;e. &lt;br /&gt;Alors, il y a quelqu'un qui vous ressemble. &#187; Puis, il avait oubli&#233; de servir mon verre de moelleux en terrasse. &lt;br /&gt;Non seulement sosie de moi-m&#234;me, mais &#233;galement fant&#244;me dans la nuit d'octobre, je suis rest&#233;e un moment &#224; attendre, le dos vo&#251;t&#233;, le menton dans la main, fumant une cigarette. Personne. Je suis alors partie d&#233;ambuler dans mes chaussures neuves qui me heurtaient le talon. J'ai (...)


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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/IMG/arton113.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;3900&quot; height=&quot;2598&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un soir, le serveur m'a oubli&#233;e. Nous avions pourtant entam&#233; la conversation.
&#171; Mais vous &#233;tiez l&#224; &#224; midi !
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Non, d&#233;sol&#233;e.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Alors, il y a quelqu'un qui vous ressemble. &#187;
Puis, il avait oubli&#233; de servir mon verre de moelleux en terrasse.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Non seulement sosie de moi-m&#234;me, mais &#233;galement fant&#244;me dans la nuit d'octobre, je suis rest&#233;e un moment &#224; attendre, le dos vo&#251;t&#233;, le menton dans la main, fumant une cigarette. Personne. Je suis alors partie d&#233;ambuler dans mes chaussures neuves qui me heurtaient le talon. J'ai commenc&#233; par l'exposition de photographies gratuite au ch&#226;teau d'eau reconverti en galerie, juste en face du caf&#233;. En fait, elle &#233;tait payante jusqu'au pr&#233;c&#233;dent quart d'heure, et j'&#233;tais bien contente de n'avoir rien d&#233;bours&#233; pour ce ramassis de noir et blanc pr&#233;tentieux et terne. J'en ai fait le tour en moins de cinq minutes, pas convaincue, et ai repris mon exploration du quartier. Tout &#233;tait ferm&#233;, bien s&#251;r, sauf les vendeurs de kebab et autres produits exotiques, restaurants chinois, indiens, boutique &#171; A la gr&#226;ce de Dieu &#187; d&#233;di&#233;e au commerce venu d'Afrique. N'ayant pas faim, plus soif malgr&#233; ma d&#233;convenue, j'ai err&#233; un bon bout de temps. Devant l'&#233;cole, les visages souriants des parents d'&#233;l&#232;ves se proposant au conseil de la FCPE. Devant un cabaret miteux, des photos de spectacles minables. Devant la banque, un distributeur qui m'a d&#233;livr&#233; quarante euros. Tout cela ne menait &#224; rien.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je suis enfin arriv&#233;e au th&#233;&#226;tre. Partie avec deux heures d'avance, avec dans les pattes une heure de marche, j'ai achet&#233; ma place et un verre de vin blanc, et suis ressortie dans la nuit fumer en buvant. Un com&#233;dien parlait de ses d&#233;convenues sentimentales, assez graves si j'ai bien compris. Sa femme, ses gosses, ses beaux-parents d&#233;sesp&#233;r&#233;s. Artiste, sans filet, m&#234;me dans le priv&#233;. J'ai &#233;tudi&#233; le programme trimestriel avec attention, me promettant de revenir voir &#231;a, &#231;a et &#231;a. Mais &#224; soi-m&#234;me en particulier, les promesses sont souvent v&#339;ux pieux, du moins est-ce ce que j'ai constat&#233;. Oubliant cet &#233;pisode qui n'augurait que des soir&#233;es de solitude encore plus nombreuses, je suis rentr&#233;e et ai attendu sagement que ce soir, cela commence enfin.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#199;a a commenc&#233; en effet, par d'&#233;normes gouttes de transpiration, une sensation de chaleur intense, que j'ai attribu&#233;e &#224; ma marche silencieuse. Puis, mes jambes me portaient moins bien, je me suis accroupie au milieu des gens debout. La transpiration &#233;touffante s'est transform&#233;e en sueur froide, et, au moment o&#249; les ouvreurs ont ouvert, j'ai eu la vell&#233;it&#233; de m'asseoir pr&#232;s de la porte. Les gens me bousculaient doucement, je tenais &#224; peine debout. Au moment o&#249; ils allaient fermer, &#224; la seconde o&#249; le spectacle allait commencer, je suis ressortie avec difficult&#233;, j'ai dit &#171; je ne me sens pas bien &#187;, ai pos&#233; mes affaires n'importe o&#249; et me suis engouffr&#233;e dans les toilettes. Un tabouret m'attendait, j'en ai profit&#233; pour tomber dans les pommes assise. A mon r&#233;veil, il y avait un visage devant moi, une femme, la serveuse, inqui&#232;te.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au moins a-t-elle &#233;t&#233; serviable et tout, jusqu'&#224; me rembourser mon billet. Le retour, grelottante, dans la rue, c'&#233;tait une autre histoire. Impossible de prendre le m&#233;tro, je chancelais. J'ai alors d&#233;cid&#233; de passer chez M., un ami, une connaissance, qui n'habitait pas loin de l&#224;, en se tenant un peu aux murs. Petit &#224; petit je me sentis mieux, j'&#233;tais seulement tremp&#233;e de sueur et j'avais tr&#232;s froid. Il &#233;tait presque vingt-deux heures lorsque je sonnai chez M. Il surgit par la fen&#234;tre, m'invita &#224; entrer. Or, son appartement &#233;tait ce soir-l&#224; plus crasseux que jamais, d&#233;penaill&#233;, horrible. Lui-m&#234;me sentait particuli&#232;rement mauvais, et ne comprit rien &#224; mon histoire, me proposant plusieurs fois de l'alcool pour l'accompagner. Je renon&#231;ai &#224; prendre une douche au vu de la salle de bains sordide, et, craignant qu'il ne s'en prenne &#224; moi pour une raison ind&#233;termin&#233;e, le remerciai pour son accueil et sortis &#224; nouveau.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je n'avais plus de logique, pourquoi &#234;tre all&#233;e chez ce dealer notoire, si ce n'&#233;tait pour rien lui acheter, rien lui vendre, rien lui offrir ? Il y a des gens ainsi qui ne comprennent que le sens de l'&#233;change pratique. Parfois, physique. Loque humaine, je n'aurais pas eu &#224; faire grand-chose pour l'&#233;carter de mon corps, mais pas ce soir-l&#224;. Et tout &#233;tait si sale. En plus d'une &#233;norme fatigue, j'&#233;tais maintenant au bord de l'&#233;c&#339;urement. Il fallait que je me sorte de l&#224;. Que je rentre dans mes draps. Que je me pelotonne. Que je m'oublie. Que j'arr&#234;te enfin de me ha&#239;r. J'ai rep&#233;r&#233; un taxi. Et j'ai stopp&#233; cette soir&#233;e en dormant comme on assassine le monde.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Depuis, je ne suis pas ressortie. Cette fi&#232;vre dans mes membres, mes yeux p&#226;les, mon &#226;me congestionn&#233;e. J'ai appel&#233; pour le boulot, je n'irai pas cette semaine, je n'irai pas chez le docteur non plus, tout &#231;a ne m&#232;ne &#224; rien. Rien ne m&#232;ne nulle part. Je suis embu&#233;e, seule et souhaite un &#233;v&#233;nement magique, enfantin, quelque chose de doux et tendre comme une mort dans son sommeil. Alors je dors. Je ne parle plus, &#224; qui de toutes fa&#231;ons ? J'ai fini les quelques provisions. Je regarde parfois la t&#233;l&#233;vision. Je zappe sur les malheurs et les enqu&#234;tes, les s&#233;ries et les petits bonshommes qui s'agitent &#224; l'int&#233;rieur du bocal. Quel ennui.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un matin, pourtant, une lueur d'espoir. Je suis faible et amaigrie, toujours quelques gouttes au front. A la radio, ils annoncent une temp&#234;te. Il y a aura des d&#233;g&#226;ts, des torrents, un vrai d&#233;luge. Je repense &#224; cette boutique, &#171; A la gr&#226;ce de Dieu &#187;, pour un peu j'aurais une ou deux choses &#224; lui dire. Je souhaite l'apocalypse. Je souhaite la fin du monde. Je sais que le lendemain, je n'aurai pas besoin de me r&#233;veiller. Je demande gr&#226;ce. Gr&#226;ce, gr&#226;ce, All&#233;luia.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Backwards Blues</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guillaume Andrieu</dc:creator>

<category domain="http://www.si-les-idees-suffisaient.net/spip.php?rubrique5">Satirical rogue</category>

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		<description>&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; I - &lt;br /&gt;&#171; Et depuis ce jour l&#224;, c'est comme un tunnel qui se creuse sans arr&#234;t devant moi, en se rebouchant sans cesse derri&#232;re. J'avance, jour apr&#232;s jour, et je me dis qu'il va bien falloir que &#231;a s'arr&#234;te. Y'a des jours o&#249; c'est insupportable. &#187; Susanne s'arr&#234;te. Des messages contradictoires passent sur son visage, des fum&#233;es, des vents violents, des cris de rage et des supplications. Cet incendie qui la ravage de l'int&#233;rieur, m&#234;me dans cette tombe qu'elle voit se tra&#238;ner un peu plus dans le temps, (...)


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt; - I -&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Et depuis ce jour l&#224;, c'est comme un tunnel qui se creuse sans arr&#234;t devant moi, en se rebouchant sans cesse derri&#232;re. J'avance, jour apr&#232;s jour, et je me dis qu'il va bien falloir que &#231;a s'arr&#234;te. Y'a des jours o&#249; c'est insupportable. &#187;
Susanne s'arr&#234;te. Des messages contradictoires passent sur son visage, des fum&#233;es, des vents violents, des cris de rage et des supplications. Cet incendie qui la ravage de l'int&#233;rieur, m&#234;me dans cette tombe qu'elle voit se tra&#238;ner un peu plus dans le temps, chaque seconde plus &#233;loign&#233;e de sa juste place.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Elle prend une autre gorg&#233;e. J'imagine que parler de son fils sans alcool dans les veines doit &#234;tre comme lancer un moteur sans huile.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je tente de l'aider. C'est nul, mais je fais ce que je peux.
&#171; Est-ce que vous...
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Je sais que vous ne pouvez pas comprendre. &#187;
Une interruption au del&#224; de tous les clich&#233;s, et sans la moindre fausse note. Elle a tout simplement raison. Je n'imagine pas. Je ne comprends pas. Apr&#232;s tout je suis l&#224; pour &#231;a. En tout cas, c'est ce que je me raconte.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Excusez-moi. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un phrase en st&#233;r&#233;o, sortie simultan&#233;ment de nos deux bouches.
&#201;tonnant comme les gens bless&#233;s, meurtris au plus profond de leur &#234;tre par la vie peuvent &#234;tre polis. Elle pourrait tout aussi bien m'envoyer me faire foutre, j'avoue que je ne sais pas vraiment ce qui l'a pouss&#233;e &#224; accepter de me voir aujourd'hui encore, apr&#232;s six mois. La premi&#232;re fois elle n'&#233;tait pas capable de se confier comme &#231;a.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Quand Denis est mort, tout s'est &#233;croul&#233;. Un gosse tellement, tellement brillant. On fait tous des r&#234;ves pour nos gosses, on les voit faire des grandes choses, devenir docteur, avocat, tout &#231;a. Lui son truc c'&#233;tait les avions, il voulait devenir pilote. Il avait de bons yeux, c'&#233;tait possible. Petit, chaque anniversaire il demandait des maquettes. Oh ses yeux, ses yeux quand il ouvrait le paquet ! Sa joie ! Ca valait tout, tous les cadeaux du monde. Comme une conne j'avais parfois des doutes, apr&#232;s tout ces avions c'est des trucs dangereux, avec plein de bombes sous chaque aile, c'est pas forc&#233;ment tr&#232;s sain pour un gamin. Vous savez les parents... comme on s'inqui&#232;te pour des broutilles. &#187;
Sa voix faiblit sur la fin. J'imagine que c'est dur &#224; prononcer, un mea culpa sur le refrain de l'inqui&#233;tude parentale quand ton fils est mort d'un whisky en trop. Alors elle prend une autre gorg&#233;e. Je me demande si c'est la m&#234;me marque. Probablement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; On fait leur vie avec nos tripes, tous les jours, tous les jours, chaque minute on pense &#224; eux. Alors quand... apr&#232;s. C'est dur.
Un moment, elle retient son souffle.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Et je ne souhaitais pas ce qui est arriv&#233; au fils Delpuech, je n'ai jamais souhait&#233; &#231;a, jamais. &#187;
Du d&#233;go&#251;t dans sa voix, impossible de savoir si c'est pour la personne ou pour la situation. Elle avait pas mal press&#233; sur Yvan, le gosse Delpuech, apr&#232;s la mort de son fils. Je suppose qu'il faut un coupable pour chaque victime, c'est plus facile &#224; supporter.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le gars Denis Manestrini &#233;tait un brave adolescent, pour ce que j'en sais. Les t&#233;moignages &#233;taient unanimes &#224; l'&#233;poque. Il a suffit d'un soir&#233;e entre potes qui a mal tourn&#233;. Sch&#233;ma classique, une sortie en bo&#238;te, des jeunes inexp&#233;riment&#233;s qui se la jouent mauvais gar&#231;ons. Un concours &#224; la con apr&#232;s d&#233;j&#224; pas mal de bi&#232;res, un coma &#233;thylique. Samu, vomissements, intubation, fibrillations, r&#233;animation laborieuse et d&#233;sesp&#233;r&#233;e, d&#233;sesp&#233;r&#233;ment d&#233;sesp&#233;r&#233;e, heure du d&#233;c&#232;s 5h37. Gueule de bois r&#233;exp&#233;di&#233;e au petit matin vers la m&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Yvan Delpuech &#233;tait le meilleur ami de Denis. Ils faisaient &#224; peu pr&#232;s tout ensemble, et &#224; 15 ans ils &#233;taient comme fr&#232;res. L'id&#233;e de la descente de whisky &#233;tait venue d'Yvan. Susanne avait perdu la t&#234;te, et d&#233;cid&#233; de porter plainte contre lui. Le procureur avait r&#233;ussi &#224; lui faire entendre raison : elle avait fini par retirer sa plainte, qui n'avait de toute mani&#232;re aucune chance d'&#234;tre instruite. Elle n'avait cependant jamais accept&#233; de revoir le gosse apr&#232;s l'enterrement. Yvan, qui se sentait d&#233;j&#224; bien assez coupable de la mort de son ami, n'avait pas vraiment besoin de &#231;a. Finalement le pauvre gosse s'est pendu dans les toilettes de son lyc&#233;e mardi matin ; un prof a tent&#233; de le garder en vie jusqu'&#224; l'arriv&#233;e de l'ambulance, sans succ&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Maintenant les parents Delpuech ont un vif ressentiment contre Susanne, une pauvre femme, ex-parente unique, qui a fait deux s&#233;jours en psychiatrie en six mois. Si elle tient encore deux semaines apr&#232;s &#231;a ce sera un miracle. Et moi comme un con, au lieu de remplir mes colonnes de sources polici&#232;res et de prudents conditionnels, je viens ici tenter d'arr&#234;ter l'h&#233;catombe. Le gros me fera encore chier, que je perds mon temps, que &#231;a fera jamais un papier &#8212; comme si c'&#233;tait le but, Jean-Marc &#8212; mais apr&#232;s tout &#224; quoi servent les r&#233;dac-chefs si c'est pas &#224; t'emmerder ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Je sais qu'ils veulent que je cr&#232;ve. Je les comprends. J'ai souhait&#233; qu'Yvan meure aussi. Je veux dire... pas vraiment souhait&#233;, pas comme &#231;a &#233;videmment. C'est atroce. Non, pas comme &#231;a, jamais. J'ai souhait&#233;... une justice. N'importe quoi mais une justice. C'est trop dur de se retrouver seule apr&#232;s 15 ans, sans personne. Presque la moiti&#233; de ma vie avec lui, &#224; me battre pour garder un boulot, &#224; en trouver quand il n'y en a plus, personne ne m'a jamais aid&#233;e, et ceux qui ne m'aidaient pas moi ne l'aidaient pas lui. C'est pas pour moi vous savez, je me plains pas pour moi. Tout &#231;a c'&#233;tait pour lui, rien que pour lui. &#187;
L'incendie encore. Elle me fait mal, physiquement : c'est douloureux de la voir, sa souffrance m'accroche au ventre, me tord les nerfs. C'est dur de rester fier, pour elle comme pour moi. Le plus effrayant c'est ses instants d'absence, quand elle semble perdue quelque part dans ses pens&#233;es, certainement un souvenir qui l'a agripp&#233;e, et elle me raconte dans son vide une maquette de bombardier, l'odeur de la colle, une pi&#232;ce cass&#233;e d'origine qui provoque la d&#233;ception cruelle, qui efface en un instant le sourire de l'excitation, et Susanne a d'un seul coup envie de vomir, dans ce moment pr&#233;cis o&#249; elle regrette m&#234;me jusqu'&#224; l'angoisse, o&#249; elle regrette m&#234;me ce sentiment amer, douloureux de culpabilit&#233;, qu'elle avait ressenti pour avoir offert &#224; son fils une maquette impossible &#224; monter.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; M&#234;me les pires moments, quand il &#233;tait malade, quand il criait, quand il &#233;tait ingrat, parfois, tous les adolescents font &#231;a, je souhaiterais qu'il soit l&#224;, mille fois pire que ce qu'il &#233;tait parce que malgr&#233; tout il &#233;tait parfait, je voudrais qu'il soit l&#224; m&#234;me le pire des ingrats, mais je voudrais qu'il me regarde, et lui dire que je l'aime, juste une fois, une seule fois, je donnerais tout pour retrouver &#231;a parce que c'&#233;tait mon fils et qu'il m'aimait, il aimait sa m&#232;re et qui pourra me rendre &#231;a ? qui peut me dire comment faire pour retrouver du putain de go&#251;t &#224; la vie sans mon fils ? &#187;
Susanne finit son verre en larmes. Elle va pour se resservir, sa main tremble trop. Je lui prends la bouteille et le fais pour elle, et je remarque sans &#233;tonnement que je tremble un peu aussi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Apr&#232;s un long silence, elle finit par reprendre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; J'ai un cousin, Sylvain, il est pass&#233; me voir il y a trois mois, apr&#232;s ma premi&#232;re tentative. Il &#233;tait venu &#224; l'enterrement, c'&#233;tait le seul. Il me dit d'arr&#234;ter de boire. Il me dit : mais comment tu peux boire alors que c'est comme &#231;a que ton fils est mort ? C'est un scientifique, il a plein de trucs logiques comme &#231;a. Lui non plus, il ne comprend pas. Les Delpuech, je pense qu'ils peuvent comprendre maintenant. C'est pour &#231;a qu'ils veulent que je cr&#232;ve.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Susanne personne ne veut &#231;a. Votre cousin n'a pas tort, boire autant ne vous ram&#232;nera pas votre fils.
Elle se crispe soudain, et crie.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Mais rien ne me ram&#232;nera Denis ! Jamais !
La violence de sa r&#233;ponse me renvoie dans les cordes.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Ce n'est pas &#224; lui de revenir, c'est &#224; moi de le rejoindre.
Elle rit, subitement.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Sylvain, il me disait d'&#234;tre forte, que si j'&#233;tais forte j'en serais sublime. Sublime, c'est son mot. Qu'il me fallait passer au del&#224; de la douleur. Il a toujours &#233;t&#233; tr&#232;s bigot, il me parlait du bon dieu, de la place de mon fils au paradis, de la mienne quand mon tour viendra mais que je ne dois pas forcer la marche. Que le fait que je mette autant d'&#233;nergie &#224; m'accrocher aux bons souvenirs &#233;tait une marque de bonne volont&#233;, que &#231;a me donnait droit &#224; ma place &#224; la droite de dieu.
Elle prend un temps. Huile son moteur.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Je l'ai foutu &#224; la porte. On n'a pas reparl&#233; depuis. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;- II -&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je suis en retard au mariage de Julia. Rat&#233; la mairie, elle ne me le pardonnera jamais. On est cousins, au troisi&#232;me degr&#233; mais tr&#232;s proches, et elle a du sang espagnol et des rages en cons&#233;quence ; pas de messe, c'est d&#233;j&#224; &#231;a. Je pourrai le lui reprocher toute ma vie : si t'&#233;tais all&#233;e faire du gringue au cur&#233; avec ton joli corsage, je serais arriv&#233; &#224; temps pour la mairie. &#171; Esteban, cretino, l'&#233;glise c'est apr&#232;s la mairie !
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Le cur&#233; m'a dit mille fois : avec ta cousine, quand elle veut ! &#187;
Elle est magnifique. Son mari, Jo&#235;l, ne mesurera jamais sa chance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je plaisante avec elle mais ma discussion avec Susanne m'a bien plomb&#233;, &#231;a va &#234;tre dur de retrouver la p&#234;che. Le Jerez m'aide un peu pendant que Julia va vaquer &#224; ses dizaines d'invit&#233;s. Au troisi&#232;me verre je repense &#224; la photo de Denis qu'on avait mise dans le canard, il y a six mois. C'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment la raison de ma premi&#232;re visite &#224; Susanne. Avoir une photo pour foutre dans le canard. Jean-Marc avait insist&#233; : &#171; Si mon gars, il nous faut une photo et tu vas te faire un plaisir d'aller la demander &#224; la m&#232;re du petit. &#187; Devant la pauvre m&#232;re, effondr&#233;e, j'ai fait siffler la vieille ficelle : c'est important de mettre une photo, pour montrer aux autres, que la m&#234;me chose ne leur arrive pas, qu'ils voient que c'est pour de vrai, blablabla. Comme si les gars du coin ne connaissaient pas assez Denis, comme s'ils n'&#233;taient pas tous meurtris par sa mort stupide, comme si les jeunes avaient besoin d'une putain de derni&#232;re photo de leur pote dans la feuille de chou locale pour hanter un peu plus leurs cauchemars pendant des mois. Susanne avait abdiqu&#233; sans r&#233;sistance et me l'avait donn&#233;e. Elle avait mis du temps &#224; choisir laquelle me passer. Il n'y en avait pas tellement, il semble que dans la vie du petit Denis, il y avait eu assez peu d'occasions de faire des photos et de toute mani&#232;re pas grand monde pour les prendre. Malgr&#233; &#231;a elle les d&#233;taillait l'une apr&#232;s l'autre, dans la brume mentale qui recouvrait son esprit d&#233;membr&#233;, avec un soin m&#233;ticuleux, et moi je me donnais l'impression d'un bourreau passif, vautour honteux de ma charogne en train de se laisser pourrir devant moi. La photo avait beaucoup plu &#224; Jean-Marc, qui avait tent&#233; dans un &#233;lan de g&#233;n&#233;rosit&#233; de me convaincre que j'avais fait ce que j'avais &#224; faire. &#171; Alors la prochaine fois, le gros, tu le feras toi-m&#234;me. &#187; C'est tout ce que j'avais trouv&#233; comme revanche, &#231;a et prendre deux jours sans solde, pendant lesquels j'avais vainement tent&#233; de me so&#251;ler, mais &#224; chaque gorg&#233;e je me demandais l'effet que &#231;a fait d'inhaler ses s&#233;cr&#233;tions gastriques jusqu'&#224; en crever. Finalement j'en &#233;tais m&#234;me arriv&#233; &#224; me faire remarquer, en passant, que Susanne &#233;tait une belle femme, et que c'&#233;tait dommage de la rencontrer dans des circonstances pareilles. Arriv&#233; &#224; ce stade, je me suis dit que le mieux que j'avais &#224; faire &#233;tait de m'assommer, ce que j'ai fait avec une double dose de somnif&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#201;videmment, apr&#232;s le retour en force de ces pens&#233;es que j'aurais bien laiss&#233;es dans leur velout&#233; de val&#233;riane, le Jerez est moins bandant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Ben alors St&#233;phane, &#231;a va pas fort ? &#187;
Sonia, d'abord une des meilleures amies de Julia, laquelle avait essay&#233; de nous caser ensemble &#224; une &#233;poque. Tu vas l'adorer !, alors tu la trouves comment ?, &#231;a te g&#232;ne si j'invite Sonia ?, allez avoue que tu l'aimes bien ! et toute l'artillerie. Sonia est une chouette fille mais aucun de nous deux n'&#233;tait en &#233;tat &#224; l'&#233;poque, des histoires lourdingues des deux c&#244;t&#233;s, et nous avions d&#233;j&#224; un peu pass&#233; l'&#226;ge du je-me-console-avec-un(e)-autre. Mais nous sommes devenus proches avec le temps.
&#171; J'ai eu une grosse matin&#233;e, mais &#231;a va passer. Comment tu t'en sors dans ton r&#244;le de t&#233;moin ?
Elle roule les yeux d'exclamation, bouche grande ouverte.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Oh vraiment, j'&#233;tais tellement &#233;mue &#224; la mairie, j'ai eu du mal &#224; signer, j'avais les yeux tout mouill&#233;s j'y voyais rien, c'&#233;tait terrible. Presque toute ta famille a eu sa larme... Tu nous as manqu&#233;.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Julia m'a d&#233;j&#224; fait ce couplet...
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Ouais, alors maintenant tu vois pourquoi elle t'a pas pris *toi* comme t&#233;moin !
Vieille plaisanterie entre nous depuis l'annonce de la part de Julia.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Je t'ai d&#233;j&#224; dit que si je t'ai gr&#226;cieusement laiss&#233; cet honneur, c'est parce que j'avais pos&#233; une option comme parrain pour leur premier.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Si tu aimes tant les gosses pourquoi tu fais pas les tiens ?
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Au rythme o&#249; ils disparaissent ces temps-ci je me demande si c'est bien la peine.
Humour compl&#232;tement d&#233;plac&#233;, mais j'ai besoin de d&#233;compresser. Sonia me regarde d'un &#339;il suspect. Elle est l'une des rares personnes &#224; qui j'ai confi&#233; l'histoire de la photo de Denis. Sans qu'elle l'ait admis directement j'ai bien vu que mon comportement l'avait choqu&#233;e. Mais elle ne m'avait pas fait la le&#231;on, et c'est parfois &#224; &#231;a qu'on reconna&#238;t les gens qui comptent.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Tu bosses sur l'histoire du petit Yvan, c'est &#231;a ?
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Non. Non, pas cette fois. Il n'y a pas grand chose &#224; dire, de toute mani&#232;re. Yann n'a pas pu venir je suppose.
Yann Delpuech, le grand fr&#232;re d'Yvan, est un ami de Jo&#235;l et avait &#233;t&#233; invit&#233;. &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Non. Les gars vont faire passer une corbeille pendant le repas pour les Delpuech. Jo&#235;l va dire un mot aussi, ce soir, je pense. Pas mal de gens trouvent &#231;a d&#233;plac&#233; mais je crois qu'il y tient vraiment.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; &#161; Esteban ! Pendejito ! Ven aqui, cabr&#243;n !
Emilio, un cousin, d&#233;j&#224; bien parti. Fournisseur officiel en Jerez.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les photos, des chansons et pas mal de verres plus tard, je me sens d&#233;j&#224; un peu mieux. Je prends la guitare et entame l'intro d'un vieux tube romantique pour ma cousine, son mari prend le micro de bon c&#339;ur, Fredo nous rejoint au djumb&#233;. Ce vieux branque de Jo&#235;l chante comme un &#226;ne, musicalement c'est un massacre. Mais Julia pleure, dieux que cette femme est amoureuse, et dieux que c'est beau. Il est bient&#244;t sept heures, la nuit est tomb&#233;e. Il semble que le visage rong&#233; de Susanne me laisse assez tranquille. La musique y est pour beaucoup. Je me laisse aller.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Plus tard, Jo&#235;l remonte sur l'estrade et r&#233;clame le silence.
&#171; C'est assez difficile pour moi de... enfin pardon, j'ai d&#233;j&#224; pas mal de verres au compteur...
Quelques rires de circonstance et sifflets en encouragements.
Bref, merci pour &#234;tre tous l&#224; ce soir, je ne vais pas vous d&#233;ranger longtemps, c'est juste pour... Un ami &#224; moi, un tr&#232;s cher ami, n'est pas l&#224; aujourd'hui, il n'a pas pu venir &#224; cause... suite au... au d&#233;c&#232;s brutal de son petit fr&#232;re Yvan, vous en avez certainement d&#233;j&#224; entendu parler. Je tenais &#224; dire... &#187;
Mon t&#233;l&#233;phone se met &#224; remuer dans ma poche. Je me l&#232;ve tant bien que mal, sors de la salle. Allo. Jean-Marc. Manestrini. H&#244;pital.
Des applaudissements g&#234;n&#233;s dans mon dos.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;- III -&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il &#233;tait de toute mani&#232;re trop tard pour l'h&#244;pital. J'ai eu droit aux formalit&#233;s d'usage, en tant que dernier visiteur de Susanne. Gineste a l'air fatigu&#233;. Fatigu&#233; de voir des gosses et des femmes crever. Il aurait perdu sa femme d'apr&#232;s ce qu'on dit, personne n'en sait beaucoup plus pour s&#251;r, mais beaucoup disent suicide suite &#224; un cancer trouv&#233; trop tard pour &#234;tre soign&#233;. Je ne me demande pas ce qu'il se passe dans sa t&#234;te quand il assiste &#224; des horreurs comme celle d'aujourd'hui. Je pr&#233;f&#232;re ne pas savoir. Je suis fatigu&#233; aussi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Gineste prend ses cl&#233;s et me demande s'il me d&#233;pose. Allusion &#224; mon &#233;tat, probablement.
&#171; La salle des f&#234;tes, si &#231;a te fait rien, je r&#233;ponds. Tu vas pouvoir y &#233;pingler plein de conducteurs en &#233;bri&#233;t&#233; si tu restes un peu.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Chouette, des ivrognes ! Je vais appeler des renforts et le pr&#233;fet va me brosser le cul.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Pas trop de renforts, on risque de pas avoir assez de pinard pour tous tes zouaves.
Gineste esquisse un sourire. Jamais vu &#231;a avant. C'est les nerfs, certainement. Il doit &#234;tre lamin&#233;. &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Fais-moi plaisir, dis-leur bien qu'on aura des gars sur la route de toute mani&#232;re. Rien contre eux, c'est la routine. Et hors de question que je me l&#232;ve cette nuit pour un autre cadavre, compris ?
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Il devrait pas y avoir de probl&#232;me, la plupart dormiront sur place, si ils sont pas d&#233;j&#224; en train de cuver.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je n'ai pas l'esprit assez clair pour savoir si je dois me sentir coupable ou non. Est-ce que c'est suite &#224; ma visite qu'elle a d&#233;cid&#233; d'en finir ? J'ai forc&#233;ment d&#251; d&#233;clencher quelque chose.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Elle &#233;tait foutue de toute fa&#231;on, dit Gineste.
J'ai presque sursaut&#233;. Ai-je parl&#233; &#224; voix haute sans m'en apercevoir ? T&#233;l&#233;pathe le commissaire ? Ou bien est-ce qu'il l&#226;che la bonde ?
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Tu sais, p'tit gars, quand t'es au bout du rouleau... c'est juste une question de temps. Plus personne pouvait rien faire pour elle. Plus personne. &#187;
J'imagine que c'est un refrain qu'il s'est r&#233;p&#233;t&#233; un peu trop souvent. Il commence peut-&#234;tre &#224; y croire. Les forts, les faibles. Les gentils, les m&#233;chants. Ca doit &#234;tre la souffrance qui pousse &#224; simplifier. Avec un frisson je me demande &#224; quel niveau de simplification en &#233;tait Susanne. Les vivants, les morts ?
Et elle, du mauvais c&#244;t&#233; de la barri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;- IV -&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a encore quelques agit&#233;s qui font du boucan, des chansons paillardes principalement, pour ce dont je peux juger depuis la cuisine. Le soleil ne va pas tarder &#224; venir, et les plus vigoureux sont partis pr&#233;parer le casse-cro&#251;te matinal.
Julia &#233;tait partie quand je suis revenu. Sonia &#233;tait charg&#233;e de me traiter de borrachero de merde et de cousin indigne de sa part. Pour la deuxi&#232;me partie j'y pouvais pas grand chose, mais pour la premi&#232;re j'ai promis d'y rem&#233;dier.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On est all&#233;s vers la cuisine pour refaire du caf&#233;, et sur le chemin j'ai ramass&#233; ma guitare. Arriv&#233; l&#224;-bas j'ai repens&#233; &#224; cette vieille blague, selon laquelle si tu joues du blues &#224; l'envers, ton chien ressuscite, ta femme revient et tu sors de t&#244;le. Alors on a essay&#233;... attend il chantait quoi Dylan ? &quot;They say the darkest hour's right before the dawn.&quot; On s'est donn&#233; 48 heures pour constater les effets.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et l&#224; j'en suis &#224; ma septi&#232;me tasse de caf&#233;. H&#233;las apr&#232;s la troisi&#232;me, j'ai vu la bouteille de prune, et Sonia m'a l&#226;ch&#233;.
J'ai rapidement resuc&#233; tous les sympt&#244;mes de la cuite monumentale, sauf l'euphorie. Je voudrais bien dormir, mais j'ai l'esprit parfaitement clair. Un peu lent, certes. Mais clair.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sonia me rejoint. Elle s'assied en face et se sert un caf&#233;.
&#171; T'as pas boug&#233; ?
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; J'aurais du mal.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Tu devrais dormir.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Je fais de mon mieux. &#187;
Elle boit son caf&#233;, lentement, &#224; petites gorg&#233;es. Il doit &#234;tre froid. D&#233;gueulasse. Comme beaucoup de choses, par ailleurs.
Je vide ma tasse, pour d&#233;couvrir le petit Denis imprim&#233; dans le fond. Elle disait quoi sa m&#232;re ? &#171; Je pave les rues avec mes mots, et &#231;a fait une mosa&#239;que de souvenirs o&#249; le sens des choses se perd peu &#224; peu. &#187; Je me demande ce qu'en diraient les parents Delpuech. Faudra que je pense &#224; leur demander avant leur suicide. Faut que je le note, pour pas oublier.
Sonia me demande : &#171; Tu vas faire quoi maintenant ?
Ca doit &#234;tre une question plus profonde qu'elle ne para&#238;t, faut que je r&#233;flechisse.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Des gosses ? &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est &#233;tonnant comme elle sourit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>@si et ses fora labyrinthiques</title>
		<link>http://www.si-les-idees-suffisaient.net/spip.php?article111</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.si-les-idees-suffisaient.net/spip.php?article111</guid>
		<dc:date>2009-08-08T11:23:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guillaume Andrieu</dc:creator>

<category domain="http://www.si-les-idees-suffisaient.net/spip.php?rubrique9">Technicit&#233;s</category>

		<dc:subject>technique</dc:subject>

		<description>Cher @sinaute, toi aussi tu n'arr&#234;tes pas de te tromper dans les fora @si et de mettre tes messages n'importe o&#249;. Ici, je vais te montrer le moyen que j'ai mis en oeuvre pour pallier au probl&#232;me. &lt;br /&gt;Script simple &lt;br /&gt;C'est tr&#232;s simple, j'ai &#233;crit un petit bout de code javascript qui permet de d&#233;placer le formulaire d'envoi juste sous le message auquel je veux r&#233;pondre. &lt;br /&gt;Je l'ai reformatt&#233; pour qu'il tienne sur une ligne et prenne la forme d'une URL. J'en fais un lien, et chaque fois que tu suivras ce lien, (...)


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&lt;a href="http://www.si-les-idees-suffisaient.net/spip.php?rubrique9" rel="directory"&gt;Technicit&#233;s&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.si-les-idees-suffisaient.net/spip.php?mot8" rel="tag"&gt;technique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Cher @sinaute, toi aussi tu n'arr&#234;tes pas de te tromper dans les fora &lt;a href=&quot;http://www.arretsurimages.net&quot;&gt;@si&lt;/a&gt; et de mettre tes messages n'importe o&#249;. Ici, je vais te montrer le moyen que j'ai mis en oeuvre pour pallier au probl&#232;me.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Script simple&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est tr&#232;s simple, j'ai &#233;crit un petit bout de code javascript qui permet de d&#233;placer le formulaire d'envoi juste sous le message auquel je veux r&#233;pondre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je l'ai reformatt&#233; pour qu'il tienne sur une ligne et prenne la forme d'une URL. J'en fais un lien, et chaque fois que tu suivras ce lien, le bout de code sera interpr&#233;t&#233; dans la page que tu es en train de visiter.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voici le lien : &lt;a href=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/javascript:(function(){$('.repondre').click(function(e,ui){e.preventDefault();var%20div=$(this).parents('div.message:first');var%20id=new%20RegExp('([0-9]+)#REPLY').exec($('.repondre',div).attr('href'))[1];$('div#post').find('h1,form').css('width','auto').end().find('input[name=parent_id]').attr('value',id).end().remove().appendTo(div).width(div.width());$('#subject').attr('value','Re:%20'+$('h2:first',div).text());});})();&quot;&gt;FixFor@si&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tu peux faire un glisser/d&#233;poser [&lt;a href=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/#nb4-1&quot; name=&quot;nh4-1&quot; id=&quot;nh4-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] Clique sans rel&#226;cher le bouton de la souris et d&#233;place le lien dans ta (...)' &gt;1&lt;/a&gt;] de ce lien dans la barre des favoris de ton navigateur [&lt;a href=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/#nb4-2&quot; name=&quot;nh4-2&quot; id=&quot;nh4-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[2] Sous Internet Explorer, il se peut qu&amp;#39;il te faille faire : clic sur le (...)' &gt;2&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D&#233;sormais, quand tu visites une page de forum @si, clique sur le lien. Apr&#232;s cela, chaque fois que tu cliqueras sur un lien &quot;R&#233;pondre&quot;, le formulaire de r&#233;ponse se d&#233;placera sous le message auquel tu veux r&#233;pondre.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Script plus &#233;labor&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voici un autre lien. Celui-ci chargera un script depuis ce site. Dans ce script, je pourrai faire quelques petites choses en plus que dans le lien tout simple un peu plus haut.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Notamment, ici, j'int&#232;gre dans la page de forum un petit bouton qui permet de naviguer directement vers les nouveaux messages du forum.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voici le lien &#224; glisser/d&#233;poser dans la barre de favoris : &lt;a href=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/javascript:(function(){var%20s=document.createElement('script');s.setAttribute('type','text/javascript');s.setAttribute('src','http://www.si-les-idees-suffisaient.net/jquery/fixForaAsi.js');document.body.appendChild(s);})();&quot;&gt;FixFor@si2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour ceux qui veulent le voir, le script est accessible ici : &lt;a href=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/jquery/fixForaAsi.js&quot;&gt;script fixForaAsi.js&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Inconv&#233;nients&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut cliquer sur le lien de ta barre de favoris chaque fois que la page se recharge...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Esp&#232;re comme moi que ces petits bouts de code seront int&#233;gr&#233;s par l'&#233;quipe d'@si dans les pages en natif, et que tu pourras bient&#244;t supprimer ce petit lien de ta barre des liens.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/#nh4-1&quot; name=&quot;nb4-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 4-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Clique sans rel&#226;cher le bouton de la souris et d&#233;place le lien dans ta barre de favoris, puis rel&#226;che le bouton.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/#nh4-2&quot; name=&quot;nb4-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 4-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Sous Internet Explorer, il se peut qu'il te faille faire : clic sur le bouton droit de la souris, puis Ajouter aux favoris. Si IE te demande de confirmer, fais-le : mon script est sans danger.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je sais que tu n'y comprends probablement pas grand chose, mais le bout de code du lien FixFor@si est ci-dessous en clair. Je le mets afin que chacun puisse s'assurer qu'il n'est pas malicieux et ne tente aucunement de t&#233;l&#233;charger des scripts hostiles sur ton poste.&lt;/p&gt; &lt;pre&gt; (function(){ $('.repondre').click(function(e,ui){ e.preventDefault(); var div=$(this).parents('div.message:first'); var id=new RegExp('([0-9]+)#REPLY') .exec($('.repondre',div).attr('href'))[1]; $('div#post') .find('h1,form') .css('width','auto') .end() .find('input[name=parent_id]') .attr('value',id) .end() .remove() .appendTo(div) .width(div.width()); $('#subject') .attr('value', 'Re:%20' +$('h2:first',div).text() ); }); })(); &lt;/pre&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>Portrait d'Elise en chat</title>
		<link>http://www.si-les-idees-suffisaient.net/spip.php?article110</link>
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		<dc:date>2009-08-04T12:20:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alexandra Fritz</dc:creator>

<category domain="http://www.si-les-idees-suffisaient.net/spip.php?rubrique8">Sur le papier</category>


		<description>Ma cabine est &#233;troite, &#233;troite la loge o&#249; je me rends, tremp&#233;, sortant du tramway avec en t&#234;te le bourdonnement gracile d'Elise en chat perch&#233;. Car elle me nargue, je l'esp&#232;re et le comprends ainsi, me toise du haut de son corps souple que j'atteins &#224; grand-peine en tendant le bras sur la gauche. Elise est le roi des chats, pourquoi un m&#226;le ? Peut-&#234;tre sa hautaine fiert&#233;, peut-&#234;tre car rien ne semble troubler son repos comme seul un chat, unique et c&#233;libataire, sans port&#233;e &#224; prot&#233;ger peut se le permettre. (...)

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&lt;a href="http://www.si-les-idees-suffisaient.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;Sur le papier&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.si-les-idees-suffisaient.net/IMG/arton110.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;800&quot; height=&quot;600&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ma cabine est &#233;troite, &#233;troite la loge o&#249; je me rends, tremp&#233;, sortant du tramway avec en t&#234;te le bourdonnement gracile d'Elise en chat perch&#233;. Car elle me nargue, je l'esp&#232;re et le comprends ainsi, me toise du haut de son corps souple que j'atteins &#224; grand-peine en tendant le bras sur la gauche. Elise est le roi des chats, pourquoi un m&#226;le ? Peut-&#234;tre sa hautaine fiert&#233;, peut-&#234;tre car rien ne semble troubler son repos comme seul un chat, unique et c&#233;libataire, sans port&#233;e &#224; prot&#233;ger peut se le permettre. Etroite ma loge o&#249;, fumant de pluie, je trouve et retrouve mon si&#232;ge, les cl&#233;s de l'h&#244;tel et le livre de service. Je m'&#233;ponge avec le journal de la veille, un gratuit pr&#233;tentieux ramass&#233; c&#244;t&#233; vitre. Quelques gouttes viennent &#233;toiler les signatures des clients. Il ne viendrait &#224; l'id&#233;e de personne de faire sortir un chat sous cette pluie battante, mais je ne suis pas ce chat-l&#224;, je suis l'oiseau pris au pi&#232;ge hypnotique des yeux d'Elise et, guettant ma crise cardiaque comme on surveille un four, Elise qui n'attend qu'un geste pour me croquer d&#233;daigneusement. La page du jour est entam&#233;e, qu'il est long ce mois de janvier, dehors &#231;a gronde on entend l'oc&#233;an. Une nuit. Une nuit &#224; rester &#233;veill&#233; me s&#233;parerait de mon objet, l'objet dont je suis moi-m&#234;me sujet, c'est une affaire inextricable, une histoire de fou. D'elle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette nuit je tente de lire du Claude Simon en &#233;coutant la Grande Sarabande de Haendel. Ces descriptions tarabiscot&#233;es m'ennuient. Je me plonge dans la musique comme je me noierais dans les bras d'Elise. Quelques touristes ont pass&#233; le pas de la porte, les v&#234;tements couverts d'embruns et d'odeurs marines. De ma lucarne entrouverte j'ai per&#231;u le mouvement des terrasses encore clairsem&#233;es. Install&#233;es pour rien, pour les fumeurs qui ne se sont gu&#232;re attard&#233;s en ces jours mouill&#233;s, et mon esprit se remet en route doucement. Pourquoi faire d'Elise un m&#226;le charnu et non une fluette femelle ? Sa force et son pouvoir me convainquent plus que n'importe quelle chatterie et voil&#224; l'animal encore post&#233; dans mon regard &#8211; j'ai ferm&#233; les yeux. Alangui sur le sol, le ma&#238;tre repose. Ses d&#233;placements n'ont rien de superflu, rien d'attendri. Son royaume, mon c&#339;ur d&#233;vast&#233;, ma chair encore rouge, ne lui inspire que du concret, du pratique. Je ne suis que parterre fugace sur lequel on marche ais&#233;ment &#224; la conqu&#234;te d'autres proies. Car toutes les nuits, Elise me trompe. Je ne fais que clignoter dans son paysage, et assois ma douleur sur le rotin de ma chaise de veille. Et, oui, je veille, je surnage, je pleure.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'aime malgr&#233; tout les lueurs de l'aube et ses nuages clairsem&#233;s sur l'adagio quelconque d'un &#234;tre mort depuis deux cents ans, ou plus. Cette fra&#238;che communion que peut-&#234;tre je ne conna&#238;trai plus jamais, lorsque j'aurai quitt&#233; cette place. En attendant, je ne rentre pas directement. La solitude du petit matin loin d'Elise endormie ailleurs me glace, alors, marchons le long de la gr&#232;ve, mon petit oiseau et moi, son fragile plumage aux assauts du vent de sept heures, sept petites heures du jour, sept courtes heures plus longues que l'ennui. Je le couvre de mon manteau de paille, quelque chose de doux et r&#234;che comme le lin trop lav&#233;, qui sent le propre, qui nous rassure. Le caf&#233; du bord de mer dans ma thermos &#224; peine ti&#232;de, de l'autre c&#244;t&#233; du monde, Elise dort et je rentre &#224; reculons rejoindre le creux de son absence. Ses nuits sont toutes de punch et de breuvages lisses comme sa peau qu'un autre effleure, je le sais, je le crois, je l'imagine et j'en cr&#232;ve. Haendel me suit dans mes p&#233;r&#233;grinations, casque dans les oreilles, poings li&#233;s au fond des poches et sur le chemin humide mon incons&#233;quence m'effraie. Tant de beaut&#233; vous reproche toujours un peu quelque chose.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Elle revient parfois, au d&#233;tour d'un simple &#233;change. Parfois il me faut attendre. Elise. Je suppose que la nuit, je dois m&#234;me ronfler ce nom. L&#224;, il me faut m'examiner de pr&#232;s car dans quelques heures, quelques jours, elle reviendra. Je dois noter ma personne entre passable et excellent. T&#226;che d&#233;courageante m&#234;me si tout n'est pas si probl&#233;matique. Excellente dentition, silhouette passable. Les &#233;paules, surtout, leur aspect bomb&#233; vers l'avant me d&#233;sesp&#232;re mais je m'encourage en me disant qu'elles seront parfaites pour bercer une t&#234;te f&#233;line et un petit corps enroul&#233; autour de mon cou. Je sursois &#224; l'examen du bassin, du bas-ventre, de l'entrejambes. Je n'ose. Je donne un &#171; moyen &#187; &#224; l'ensemble, sugg&#233;rant que l'essentiel r&#233;side dans l'&#233;nergie qu'ils sont capables de produire, chaleur tenace, refuge subitement sexu&#233; et qui devra le rester un certain temps. Mes cheveux et mes pieds, enfin, l'un ne va pas sans l'autre quand je pense &#224; mes extr&#233;mit&#233;s. J'aime surtout les crans bruns de ma chevelure, qui, sans &#234;tre fris&#233;e, ondule joliment sur ma vieille fontanelle. Chevilles ordinaires, pieds courants, un comble. Yeux sombres. Pas autant que mon d&#233;sespoir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous nous sommes aim&#233;s dans cet h&#244;tel o&#249; Elise s&#233;journait. Mon poste ne m'a jamais paru aussi vacant que le vendredi o&#249; elle s'en est all&#233;e. Vacant, curieuse rime avec vaillant, comme, vaille qui vaille, aller de l'avant. Car Elise s&#233;journe, o&#249; qu'elle soit, o&#249; qu'elle habite, cela ne dure jamais. Curieuse aussi cette attirance de l'&#233;ph&#233;m&#232;re. C'est ce que je me grommelle dans ces songes ininterrompus, ou alors, le temps d'une cl&#233;, d'une signature, des menus brossages de dents du quotidien. Mes repas fr&#233;n&#233;tiques et lents comme si elle allait surgir, appeler, que sais-je. Etre. L&#224;. Basculer sur Haendel que j'enverrais alors au diable, &#224; genoux devant son g&#233;nie, &#224; Haendel ou au diable ? Que sais-je. A genoux devant elle. Caresser lentement sa fourrure pleine et chaude comme le r&#234;ve parfait d'un chat peluche vivante, sauf que le jeu tournerait mal. Enfin, d'une certaine fa&#231;on.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Attentat &#224; la pudeur. Dans mes r&#234;ves je convaincs Elise de se d&#233;shabiller rose, rose mais voil&#224; des mois que je ne l'ai vue. De la station baln&#233;aire o&#249; l'automne viendra bient&#244;t, je couvre ma t&#234;te d'un chapeau et de lunettes, je baisse le pas et je pense, beaucoup, entre deux heures de sommeil agit&#233;. Elise qui reviendra peut-&#234;tre, un jour, alanguie allong&#233;e naufrag&#233;e et je serai l&#224; idiot seul et tremp&#233; de sueur, l'acide sueur de l'attente tromp&#233;e, de la pr&#233;sence d&#233;chue. Elise qui me couvrira d'un regard inexistant. Saura-t-elle ronronner sous ma caresse, rien n'est moins s&#251;r car en effet elle ne voudra plus de moi, ce sera une rencontre d'adieu, une maigre conciliation, un dramelet.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ma cabine est douce comme une bulle, je profite de la fra&#238;cheur de la nuit, demain ma marche me m&#232;nera le long des gr&#232;ves, je partirai au petit jour, et cette alternance de l'ombre et de la lumi&#232;re me verra dispara&#238;tre dans le fumet sablonneux de la c&#244;te. Je ne reviendrai jamais plus, et, changement d'adresse, et, nouveau t&#233;l&#233;phone, et, Haendel comme seul rep&#232;re, j'oublierai la fourrure d'Elise, les griffes d'Elise, les yeux d'Elise et j'en adopterai un autre, un vrai, un chat, un jeune m&#226;le plein d'ardeur avec qui je partagerai mon quotidien, je l'appellerai Eli, j'oublierai Elise, j'oublierai ma vie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>&lt;em&gt;Consolatio&lt;/em&gt;</title>
		<link>http://www.si-les-idees-suffisaient.net/spip.php?article106</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.si-les-idees-suffisaient.net/spip.php?article106</guid>
		<dc:date>2009-02-17T18:36:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guillaume Andrieu</dc:creator>

<category domain="http://www.si-les-idees-suffisaient.net/spip.php?rubrique6">Averses</category>


		<description>Il est mort, c'est un fait, il est mort sans scrupule, Il a fait ce grand saut dans le vide et pourtant Personne n'aurait pu l'arreter, minuscule Atome un peu instable au noyau surpuissant. &lt;br /&gt;Sachez vivre sans lui, et bruler de sa flamme, Il a mis dans vos coeurs du bois pour dix mille ans, Supportez son absence, apprivoisez son ame. Et soyez plus humains sous son intime elan. &lt;br /&gt;Tout ce qu'il a laisse, il l'a mis dans vos tetes, Vous regardez le ciel chaque nuit, en cherchant Une etoile filante (...)


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&lt;a href="http://www.si-les-idees-suffisaient.net/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;Averses&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;pre&gt;Il est mort, c'est un fait, il est mort sans scrupule, Il a fait ce grand saut dans le vide et pourtant Personne n'aurait pu l'arreter, minuscule Atome un peu instable au noyau surpuissant. Sachez vivre sans lui, et bruler de sa flamme, Il a mis dans vos coeurs du bois pour dix mille ans, Supportez son absence, apprivoisez son ame. Et soyez plus humains sous son intime elan. Tout ce qu'il a laisse, il l'a mis dans vos tetes, Vous regardez le ciel chaque nuit, en cherchant Une etoile filante ou des bouts de cometes, Un eclair... explosion retournee au neant. Si rien d'autre que lui, dans ces matins trop freles, Ouvrez donc la fenetre et jetez vos tourments Dans le gouffre infini qu'il a fait, etincelle, En vivant un peu trop et pas assez longtemps. Mais enfin si la vie est une arithmetique Que vous faut-il compter pour votre apaisement ? Il compta sa fureur, sa passion, son ethique, Il compta son amour quand vous comptez ses ans. Il avait au dedans le germe de la gloire, Et sa force a couru dans nos veines. Enfants Si vous pleurez son sort, vous troublez sa memoire : Et la mort n'est un mal que pour nous, les vivants. Le temps qui passera guerira la blessure Et un jour vous viendrez sur sa tombe en chantant Heureux d'avoir connu ce fils de la nature, Humain. Brillant. Mortel.&lt;/pre&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>Voyage, voyage</title>
		<link>http://www.si-les-idees-suffisaient.net/spip.php?article105</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.si-les-idees-suffisaient.net/spip.php?article105</guid>
		<dc:date>2009-01-25T13:06:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alexandra Fritz</dc:creator>

<category domain="http://www.si-les-idees-suffisaient.net/spip.php?rubrique8">Sur le papier</category>


		<description>C'&#233;tait un samedi apr&#232;s-midi tranquille, trop tranquille. Je ne savais pas quoi faire. Butinant la Toile sans conviction, j'&#233;tais tomb&#233;e sur le commentaire de quelqu'un qui recommandait d'&#233;couter Ornette Coleman, &#171; mieux que g&#233;nial &#187;. Soit, j'avais branch&#233; ma machine sur Deezer, site de partage de musique, en me disant que &#231;a me changerait de mes vieux bidules habituels. Au bout de deux minutes le Coleman en question m'&#233;tait mont&#233; au cerveau comme une aspirine p&#233;rim&#233;e et j'avais &#233;teint. Me restait &#224; (...)

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&lt;a href="http://www.si-les-idees-suffisaient.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;Sur le papier&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'&#233;tait un samedi apr&#232;s-midi tranquille, trop tranquille. Je ne savais pas quoi faire. Butinant la Toile sans conviction, j'&#233;tais tomb&#233;e sur le commentaire de quelqu'un qui recommandait d'&#233;couter Ornette Coleman, &#171; mieux que g&#233;nial &#187;. Soit, j'avais branch&#233; ma machine sur Deezer, site de partage de musique, en me disant que &#231;a me changerait de mes vieux bidules habituels. Au bout de deux minutes le Coleman en question m'&#233;tait mont&#233; au cerveau comme une aspirine p&#233;rim&#233;e et j'avais &#233;teint. Me restait &#224; changer, trouver autre chose, remuer un peu la bouillasse. Comme rien n'avait surgi, j'avais finalement remis Ornette et ses pouet pouet &#224; la trompette. Amatrice de Louis Armstrong au m&#234;me instrument, le c&#244;t&#233; free-jazz me pompait vaguement l'air, n'y reconnaissant ni g&#233;nie ni harmonie, mais j'&#233;tais convaincue depuis longtemps que la lutte contre ses propres pr&#233;jug&#233;s &#233;tait plus que salutaire. J'avais ainsi entrepris de go&#251;ter &#224; tout un tas de l&#233;gumes abhorr&#233;s &#224; l'avance, &#224; des mets tous les plus bizarres les uns que les autres. Au niveau culinaire comme musical, comme peut-&#234;tre sexuel, la curiosit&#233; et un solide sens moral m'avaient men&#233;e &#224; des trouvailles int&#233;ressantes au milieu d'exp&#233;riences d&#233;courageantes. Et l'id&#233;e de passer encore une heure ou deux &#224; &#233;couter France-Inter suite aux neuf autres que je venais d'avaler repr&#233;sentait un effort insondable. C'&#233;tait le jour de la temp&#234;te, alerte rouge dans le Sud-Ouest et risque d'avalanches en Savoie, rendez-vous cin&#233; annul&#233;, coups de fil avort&#233;s, bon, une vraie journ&#233;e de merde en somme. Mais des comme &#231;a il y en avait tellement eu et il m'en restait encore autant, alors en d&#233;sespoir de cause, Ornette Coleman et ses cuivres d&#233;saccord&#233;s. Personne avec qui partager mes cr&#234;pes toutes chaudes, je m'&#233;tais gav&#233;e. Personne avec qui trinquer au chocolat chaud, j'avais vid&#233; le reste du lait comme une grande. Personne pour quoi ou qu'est-ce, j'&#233;tais en chaussons, ceinte d'un pull terrible, accrocs et fils qui pendouillent. Une pure Lady. Avachie. Incapable m&#234;me d'&#234;tre triste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'avais longtemps repouss&#233; ce sombre projet, et j'&#233;tais sur le point de m'y mettre (trier, donc regarder, toutes mes vieilles photos), lorsque j'ai brusquement d&#233;cid&#233; de sortir. Le vent s'&#233;tait calm&#233; comme pr&#233;vu, sur les coups de dix-sept heures, et, pr&#233;parant une clope pour fumer tranquillement au volant, j'avais la t&#234;te vide mais tout le reste d&#233;termin&#233;. Une fois dehors quelques relents de typhon m'ont &#233;clabouss&#233; le visage et m'ont oblig&#233;e &#224; fermer mon manteau. &#8216;Tain, faisait pas chaud quand m&#234;me. J'ai branch&#233; le chauffage de ma voiture, &#224; la radio branch&#233; tout sauf France-Inter, branch&#233; ma ceinture de s&#233;curit&#233;, j'aurais jamais imagin&#233; &#234;tre aussi &#171; branch&#233;e &#187; un jour. Et puis je suis partie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'aurais pu faire le tour des quelques bleds environnants, peut-&#234;tre un tour &#224; la sous-pr&#233;fecture locale, mais c'est en roulant qu'on devient barrique et de fil en aiguille, je me suis install&#233;e pour la nuit pr&#232;s d'un champ, un peu &#224; l'&#233;cart de la route, le ventre vide, car il faisait d&#233;j&#224; consid&#233;rablement nuit et que je voulais conserver des forces. Le lendemain je me suis arr&#234;t&#233;e dans un troquet tout ce qu'il y a de plus minable (j'adore, j'ai toujours ador&#233;), j'ai demand&#233; si mes petits pains frais ne d&#233;rangeaient personne et j'y ai pris trois caf&#233;s bien serr&#233;s. Il para&#238;t qu'en France on aime le ternaire. Comme lorsqu'un auteur &#233;crit : &#171; elle &#233;tait lasse, lasse, lasse. &#187; Et en effet j'&#233;tais lasse de ma vie idiote et morne, lasse de ne c&#244;toyer personne en particulier, lasse de ne pas savoir quoi faire pour occuper mes journ&#233;es. Pas de boulot, pas d'attaches, j'&#233;tais au moins, sur la route, accompagn&#233;e de mes r&#234;veries et des paysages. J'ai pay&#233; et suis partie non sans prendre en photo le troquet avec mon t&#233;l&#233;phone, enfin, la devanture, la tronche pas possible des gens qui &#233;taient l&#224; je m'en passerais volontiers. J'ai repris le volant et ai continu&#233; vers le Nord. Par les petites routes la vie devient tout de suite plus sympathique. On r&#234;ve &#224; propos des maisons qui longent la route, il y en a des tellement moches, des tellement kitsch, des tellement grandes, des tellement avec terrain ou nain de jardin, avec un nom sur le mur porteur, avec une piscine gonflable, avec ou sans chien, avec ou sans argent, on r&#234;ve oui de savoir ce que font tous ces gens, de quoi ils vivent si loin des grandes villes, quelle vie ils ont entre leur cr&#233;pi et les morceau de carrelage d&#233;coratif de leur cuisine, celui avec des cafeti&#232;res et des moulins &#224; caf&#233;, s'ils ont un potager on les voit parfois b&#234;cher ou arroser, les chiens aboient et moi je passe, je m'arr&#234;te consciencieusement aux feux rouges, je ne commets pas d'exc&#232;s de vitesse, je ne laisse pas forc&#233;ment traverser les pi&#233;tons non plus, merde, je ne suis pas m&#232;re T&#233;r&#233;sa, enfin je me laisse aller m&#234;me si &#224; force je sens que j'ai un peu mal au dos. Je m'arr&#234;te, j'ach&#232;te quelques bricoles &#224; manger, je pisse dans les coins, c'est vraiment le d&#233;but de la fin.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mon point de chute est bien simple. J'ai mis presque trois jours &#224; me faire &#224; cette id&#233;e mais je n'ai pas perdu mon objectif. Ce type que j'avais rencontr&#233; un soir, je sais bien que c'est absurde mais il m'a plu, tout ce que je sais c'est qu'il habite Arras, magnifique, Arras, en voil&#224; une destination de choix. Je suis collante, puante, fatigu&#233;e et passablement &#224; c&#244;t&#233; de mes pompes mais je l'appelle. Heureusement je lui tombe dessus, je ne le d&#233;range pas, devine o&#249; je suis, c'est pas vrai, si, explique-moi o&#249; tu habites. Je longe, je sinue, tourne un peu mais finis par trouver. La ville est grise et brique mais enfin je ne suis pas venue pour l'architecture, je sonne, il lui faut quelques secondes pour descendre m'ouvrir. Merde alors, qu'est-ce que tu fais l&#224;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout ce que je veux c'est sa peau, ses cheveux, ses mains. Je lui emprunte la salle de bains rapidement puis nous divaguons. Tout en lui est douceur, ch&#233;rissement, ce type est un amoureux de premier ordre. Je ne jouis pas mais on ne peut pas tout avoir. Nous restons un moment en silence &#224; nous faire des mamours. J'en connais un qui a dit, &#171; le premier qui parle apr&#232;s l'amour raconte des &#226;neries &#187;, ou quelque chose du genre et puis je ne me souviens plus qui. Alors je me tais, r&#233;solue &#224; ne pas franchir la barre de la connerie en premier m&#234;me si cela viendra forc&#233;ment. Je me sens bien, je suis au chaud entre des bras tendres, je pensais ne jamais le revoir et voil&#224; que je d&#233;couvre son int&#233;rieur, que je retrouve ses fr&#233;missements, je me laisse bercer par tant de bien-&#234;tre, aucunement g&#234;n&#233;e de la situation et je m'endors en lui &#233;crasant l'&#233;paule.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La ville ne m'int&#233;resse pas beaucoup. En v&#233;rit&#233; nous sommes tr&#232;s peu sortis, avons peu parl&#233;, ce n'est pas le genre de type que je cerne facilement et je n'ose encore une fois pas franchir le seuil de ces non-dits qui me font para&#238;tre moins idiote que je ne le suis. Je me sais tordue et un peu vulgaire, mais cette prise de conscience ne m'apporte pas grand-chose sinon une perte progressive de confiance en mes propres mots. Je m'en voudrais de lui geindre entre les pattes, je refuse &#233;galement de m'&#233;tendre en banalit&#233;s alors j'&#233;crase et lance quantit&#233; n&#233;gligeable de sujets. Cela n'a pas l'air de le d&#233;ranger, lui-m&#234;me peu bavard, et nous profitons de ce temps pass&#233; ensemble &#224; faire l'amour sous toutes ses formes, selon un bestiaire libre et malgr&#233; tout presque ing&#233;nu. Ce mois de janvier est gris, venteux, bruineux, une &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;special dedicace&lt;/i&gt; pour rester clo&#238;tr&#233;s &#224; passer du bon temps, &#224; compenser la m&#233;t&#233;o.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cela dure deux, trois jours. Une idylle n&#233;e de ma propre imagination, de mon propre ennui qui, des ann&#233;es apr&#232;s, me revient en m&#233;moire comme l'un des &#233;pisodes les plus heureux de ma vie. Ce type je ne l'ai jamais revu. Nous ne nous sommes pas donn&#233; de nouvelles sinon se souhaiter la bonne ann&#233;e deux fois d'affil&#233;e, puis, par &#233;puisement de la relation et manque de go&#251;t pour les conventions, plus rien. Certaines nuits je me r&#233;veille encore avec son go&#251;t sur mes l&#232;vres s&#232;ches, avec son odeur qui impr&#232;gne mes neurones fatigu&#233;s. Quelque chose me transporte un moment. Je refuse d'ouvrir les yeux de peur de perdre cette sensation fugitive. C'est alors le moment que choisit, &#224; tous les coups, celui qui partage mon lit depuis maintenant un an et demi pour pousser un ronflement plus fort que les autres, locomotive &#224; vapeur enray&#233;e de l'int&#233;rieur, g&#226;chant &#224; coup s&#251;r ma r&#234;verie enflamm&#233;e. C'est au-del&#224; du regret, c'est une vision un peu c&#233;leste et aigre, c'est un &#233;veil lumineux au c&#339;ur de ma frustration. Car avec le temps je me suis d'autant plus effac&#233;e que cette conscience d'&#234;tre quelqu'un de fruste se dessine, d'&#234;tre pass&#233;e &#224; c&#244;t&#233; du raffinement qui fait que l'on demeure un &#234;tre unique, je ne suis pas unique, je suis une ombre mal fam&#233;e, je suis toute dans ce souvenir que j'aurais pu &#234;tre une forme vivante et fra&#238;che, bref, je me sens &#224; l'&#233;troit mais ceci n'est qu'un constat, pas m&#234;me une plainte, un constat d'&#233;vidence.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mon petit job me divertit un brin, contact avec la client&#232;le, petits &#233;changes, rangement, comptes-rendus de r&#233;unions, mon rapport aux coll&#232;gues m'apporte quelques &#233;clairs de rire, mais dans l'ensemble je me pose le moins de questions possibles.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une nuit, je me mets &#224; g&#233;mir dans mon sommeil. C'est en tous cas ce que me soutient mon compagnon le lendemain matin. Si je lui avoue que j'ai (encore) amoureusement &#233;treint ce fant&#244;me, je crains la charge du silence qui s'ensuivra, car depuis quelque temps une tension s'est install&#233;e, inexplicablement, entre nous. Du moins ne parviens-je pas &#224; m'expliquer pourquoi, tout d'un coup, le fait de ne pas parler poserait probl&#232;me. Cela fait maintenant deux ans et quelques mois que nous partageons un appartement de HLM clair et fonctionnel, que je m'attache &#224; conserver dans un &#233;tat de propret&#233; et d'ordre corrects, suffisamment pour n'avoir pas &#224; entendre de reproches. J'y passe comme on suit le fil d'Ariane, &#224; t&#226;tons, je ne me sens pas chez moi, je ne me sens pas en territoire hostile non plus, j'y erre et m'y pose lourdement, ne bougeant pas pendant de longues minutes, dans le bourdonnement de la ville, reprenant un semblant d'activit&#233; lorsqu'il rentre et me salue d'un baiser l&#233;ger. Et donc, depuis quelques jours, combien ?, cette impression que quelque chose cloche. Inspir&#233;e d'une bouff&#233;e de tendresse que je ne tiens pas &#224; contenir, je me dis, allez, sommes-nous deux &#233;trangers ?, j'aborde lentement le sujet, je tergiverse un peu en commen&#231;ant par ouvrir une bouteille de vin et nous servir un solide verre &#224; chacun.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La question de savoir qui garderait l'appartement ne s'est pas pos&#233;e tr&#232;s longtemps. Avec mon mi-temps je suis toute d&#233;sign&#233;e pour conserver le loyer mod&#233;r&#233; alors qu'il prendra le large, ailleurs, loin de ma triste silhouette et de mes fantasmes inachev&#233;s. Le manque de passion est d&#233;cid&#233;ment contagieux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Depuis, je comble mes heures nocturnes. Tour &#224; tour, un livre, un film, un homme. Celui que je ne reverrai jamais. Celui que j'accueille contre mon corps bomb&#233;. Celui qui a ferm&#233; la porte sans un regard particulier. Celui auquel je donnerai le jour lorsque le moment sera venu, m&#232;re c&#233;libataire, femme heureuse, couple uni, que sais-je, et je me retourne dans l'all&#233;e des magasins, je scrute les vitrines, je m'assois sur les bancs de pierre et de bois des rues de ma ville, ma ville, perdue dans des pens&#233;es, et cette &#233;nergie d&#233;pens&#233;e, je cherche &#224; m'&#233;puiser l&#224; o&#249; je le suis d&#233;j&#224;. Ma ville. Supercherie al&#233;atoire des monuments comme celle des sentiments, je connais la puissance inalt&#233;rable de la machine &#224; phantasmes qui me tient debout, et, un jour de d&#233;s&#339;uvrement, je claque la porte &#224; mon tour.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ni &#234;tre ni avoir</title>
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		<dc:creator>Guillaume Andrieu</dc:creator>

<category domain="http://www.si-les-idees-suffisaient.net/spip.php?rubrique5">Satirical rogue</category>


		<description>R&#233;cemment tomb&#233; l&#224;, je me suis dit que l'exercice serait certainement tr&#232;s int&#233;ressant montrerait certainement un grand int&#233;r&#234;t : &#233;crire sans utiliser ni &#234;tre ni avoir, (autrement que comme des auxiliaires de conjugaison, s'entend, sinon c'est &#231;a s'apparente carr&#233;ment &#224; du terrorisme grammatical). &lt;br /&gt;Mais cela signifie bannir la voix passive, quand m&#234;me. Ce qui ne semble pas une mauvaise chose, &#233;tant un conseil donn&#233; par beaucoup d'&#233;crivains, puisque beaucoup d'&#233;crivains donnent ce conseil. &lt;br /&gt;La pr&#233;cision est (...)


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R&#233;cemment tomb&#233; &lt;a href=&quot;http://en.wikipedia.org/wiki/E_Prime&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;, je me suis dit que l'exercice &lt;s&gt;serait certainement tr&#232;s int&#233;ressant&lt;/s&gt; montrerait certainement un grand int&#233;r&#234;t : &#233;crire sans utiliser ni &#234;tre ni avoir, (autrement que comme des auxiliaires de conjugaison, s'entend, sinon &lt;s&gt;c'est&lt;/s&gt; &#231;a s'apparente carr&#233;ment &#224; du terrorisme grammatical).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais cela signifie bannir la voix passive, quand m&#234;me. Ce qui ne semble pas une mauvaise chose, &lt;s&gt;&#233;tant un conseil donn&#233; par beaucoup d'&#233;crivains&lt;/s&gt;, puisque beaucoup d'&#233;crivains donnent ce conseil.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;s&gt;La pr&#233;cision est cens&#233;e y gagner.&lt;/s&gt; On doit y gagner en pr&#233;cision, mais &lt;s&gt;je ne suis pas s&#251;r qu'on y gagne&lt;/s&gt; y gagne-t-on vraiment en impact textuel ? Les mots courts, courants, les mots simples &lt;s&gt;sont efficaces&lt;/s&gt; contiennent une claire efficacit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Stylistiquement, en l'&#233;crivant, je me rends compte de l'horreur de cette mani&#232;re de s'exprimer. Mais je me demande si je ne le dois pas &#224; mon manque de ma&#238;trise des synonymes du verbe &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#234;tre&lt;/i&gt;. Pour l'instant, d'ailleurs, je me demande si ma restriction sur le verbe avoir a un sens : je n'ai jusqu'&#224; pr&#233;sent &lt;s&gt;eu&lt;/s&gt; d&#251; modifier que des acceptions de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#234;tre&lt;/i&gt;, ce que cette phrase vient juste de contredire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je vais m'efforcer dans le futur de ne pas employer de verbes trop communs, et voir si je peux m'entra&#238;ner &#224; employer des mots plus pr&#233;cis. Je ne ressens pas un grand optimisme sur le r&#233;sultat du point de vue stylistique, mais au moins cela &lt;s&gt;me fera&lt;/s&gt; m'obligera &#224; pratiquer mon vocabulaire. Je viens juste d'ajouter &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;faire&lt;/i&gt; aux mots interdits, parce que celui-l&#224; aussi &lt;s&gt;est vraiment trop polys&#233;mique&lt;/s&gt; charrie trop d'ambigu&#239;t&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La question qui se posera certainement apr&#232;s un court moment d'amusement, &lt;s&gt;c'est&lt;/s&gt; la voici : &lt;s&gt;pour quoi faire&lt;/s&gt; dans quel but ? &lt;s&gt;Si l'objectif est d'avoir&lt;/s&gt; Aboutir &#224; un discours extr&#234;mement clair et pr&#233;cis, mais illisible ? Faut-il alors employer cette m&#233;thode d'&#233;criture ? Le discours p&#226;tit-il plus de polys&#233;mies ou de contournements laborieux de constructions lexicales et grammaticales, &lt;s&gt;peut-&#234;tre&lt;/s&gt; sans doute banales, mais somme toute pratiques ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On verra. L'important, &lt;s&gt;ce sera de l'avoir fait&lt;/s&gt; oh et merde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La bonne mort</title>
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<category domain="http://www.si-les-idees-suffisaient.net/spip.php?rubrique10">Coh&#233;rences</category>


		<description>Requiescat in pace &lt;br /&gt;Faut-il mourir en paix ? Les philosophies, les religions, qui tendent &#224; accueillir sereinement la mort ont-elles une utilit&#233; ? Un fondement raisonnable ? Pourquoi souhaiter que les derniers instants de la phase active d'un &#234;tre soient sentis par cet &#234;tre comme les plus doux ? &lt;br /&gt;Si l'on croit &#224; une vie apr&#232;s le passage oblig&#233; de la mort, quelle que soit cette vie ult&#233;rieure, la recherche de s&#233;r&#233;nit&#233; peut se fonder sur la volont&#233; d'aplanir la vie future, de lui offrir un socle stable (...)


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;em&gt;Requiescat in pace&lt;/em&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Faut-il mourir en paix ? Les philosophies, les religions, qui tendent &#224; accueillir sereinement la mort ont-elles une utilit&#233; ? Un fondement raisonnable ? Pourquoi souhaiter que les derniers instants de la phase active d'un &#234;tre soient sentis par cet &#234;tre comme les plus doux ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si l'on croit &#224; une vie apr&#232;s le passage oblig&#233; de la mort, quelle que soit cette vie ult&#233;rieure, la recherche de s&#233;r&#233;nit&#233; peut se fonder sur la volont&#233; d'aplanir la vie future, de lui offrir un socle stable et fort, qui ne soit pas troubl&#233; par les remords ou regrets de la vie pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si l'on n'y croit pas, comme c'est mon cas, le probl&#232;me devient difficile. Car qu'est-ce qui justifie raisonnablement l'&#233;tat de s&#233;r&#233;nit&#233; devant celui d'agitation ? Du point de vue du mourant, s'il a toujours pr&#233;f&#233;r&#233; la qui&#233;tude, c'est de son droit de vouloir une mort conforme &#224; sa vie. Mais personne ne peut prouver qu'on ne peut mourir heureux et tortur&#233;, citons les cas des martyrs chr&#233;tiens qui pr&#234;chaient la mort violente, et la subissaient avec ferveur et avidit&#233; de souffrance. N&#233;anmoins, hors cas limite que constituent ces martyrs, on peut toujours se r&#233;fugier derri&#232;re la raison sociale, qui veut diminuer le plus possible la souffrance des proches du d&#233;funt, en pr&#233;sentant et conservant une image paisible du mort, plus &#224; m&#234;me de calmer la souffrance de la perte. Il se trouve plus de cultures et de civilisations de souhaiter la mort calme et sereine qu'agit&#233;e et tortur&#233;e. Cette explication, n&#233;anmoins, ne se fonde pas sur la raison mais sur un &#233;tat de fait.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le dernier jour&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'argument, cit&#233; par Marc-Aur&#232;le, selon lequel il faudrait vivre toujours comme si c'&#233;tait le dernier jour, est &#224; multiple facettes. Il me semble que S&#233;n&#232;que reprend cet argument aussi, de m&#233;moire dans une de ses lettres &#224; Lucilius, en citant un pr&#233;cepte &#233;picurien (comme il le fait souvent dans ses lettres, en argumentant plusieurs fois que, bien qu'&#233;tant lui-m&#234;me sto&#239;cien, les bons avis sont universels et on ne doit pas rougir d'emprunter de bonnes formules &#224; des &#233;coles diff&#233;rentes, si ces formules frappent juste).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vivons le jour pr&#233;sent comme si c'&#233;tait le dernier. Pour l'&#233;picurien, et dans le sens commun de cette expression, cela peut vouloir dire, vivons dans les plaisirs, car seuls les plaisirs apportent le bonheur. M&#234;me si &#201;picure peut &#234;tre plus dur &#224; interpr&#233;ter, puisque pour lui les plaisirs essentiels &#233;taient, &#224; ce que j'en ai compris, uniquement ceux procur&#233;s par l'&#233;loignement du froid et de la faim, le reste &#233;tant superflu.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Par contre, la position de Marc-Aur&#232;le, et des sto&#239;ciens en g&#233;n&#233;ral, est tout &#224; fait diff&#233;rente. Vivre comme si on allait mourir incessament, c'est une formule efficace car ce qui est cher au sto&#239;cien, c'est son jugement moral sur lui-m&#234;me. La seule chose vraiment importante pour un sto&#239;cien, c'est de parvenir &#224; un stade o&#249; aucun de ses actes n'attire sa propre r&#233;probation. &#192; l'inverse des cyniques qui excusent facilement certains travers humains par une volont&#233; de se rapprocher de la nature (et qui en fait veulent par l&#224; d&#233;noncer les autres perversions, d'origine sociale), les sto&#239;ciens repoussent le naturel bestial &#8212; pour n'accepter de naturel chez l'homme que ce qui le distingue justement des autres animaux : l'exercice de la raison et le jugement moral.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Chaque jour&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi pour vivre heureux, un sto&#239;cien doit se comporter comme au moment de sa mort, lorsqu'il aura &#224; se juger d&#233;finitivement et devra se rendre compte de ses actes. Souhaites-tu laisser derri&#232;re-toi un acte honteux que tu n'as pas eu le temps de r&#233;parer ? Souhaites-tu pouvoir te dire que tu as d&#233;finitivement &#233;chou&#233; &#224; pouvoir te juger favorablement, et abandonner la vie en constatant ta m&#233;diocrit&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La doctrine sto&#239;cienne est donc sur ce point tr&#232;s exigeante. Vivre comme si on allait mourir demain signifie se juger en permanence. S&#233;n&#232;que citait aussi cet autre pr&#233;cepte &#233;picurien : en toute chose fais comme si &#201;picure t'observait. Si le sto&#239;cien veut pouvoir se passer d'&#201;picure, ou d'un ma&#238;tre quelconque, pour pouvoir se juger lui-m&#234;me et &#234;tre confiant dans son jugement, la m&#233;canique de l'argument est la m&#234;me : en toute circonstance, sois sur tes gardes. Accepte que tu as des comptes &#224; te rendre. Refuse de te pardonner trop facilement, refuse le pardon et remplace-le plut&#244;t par la vigilance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le pardon est bon pour ceux qui t'ont offens&#233; ou maltrait&#233;. Il n'est pas bon pour toi-m&#234;me. Il ne s'agit pas non plus de te bl&#226;mer de tes fautes, mais de comprendre tes agissements, et de ne pas les renouveler s'il s'av&#232;rent mauvais. On ne peut bl&#226;mer un ignorant, &#224; toi de ne pas &#234;tre deux fois dupe. Et si tu l'es deux fois, cherche la faiblesse qui t'a conduit l&#224;, et renforce-toi. N'abandonne pas face &#224; ce qui te d&#233;pla&#238;t chez toi. Taille en toi aussi pr&#233;cis&#233;ment que possible le comportement qui te semble le plus appropri&#233;. Reste humble, mais reste ferme. Trouve l'&#233;quilibre dans cette contradiction. Apprend &#224; ne pas &#234;tre trop exigeant, mais apprend &#224; l'&#234;tre assez. Sois en accord avec toi-m&#234;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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